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© Carnet de maladresses 2002 (No 2)

8 Juillet 2005 , Rédigé par Sifranc le correcteur Publié dans #© Carnets de maladresses

Entretien*
*Traduction pour les Anglais de passage à Neuchâtel: Interview.
 
Francis Choffat, né en 1948, exerce son métier de correcteur au «Journal du Jura», à Bienne. La journaliste Catherine Favre, responsable de la rubrique culturelle dans le même quotidien, s’est entretenue avec lui.
C. F. – Quelles sont vos motivations?
F.C. – L’orthographe est ma passion, je ne pourrais concevoir mon métier autrement. Bien sûr, le rêve serait de sortir un journal sans fautes ; toutefois, les rédactions travaillent dans l’urgence, les coquilles sont inévitables. Certes, l’ordinateur nous fait gagner beaucoup de temps. A l’époque de la composition au plomb, pour une seule virgule mal placée, il fallait retaper toute la ligne.
La fameuse initiative d’un quotidien lémanique visant à sanctionner par des amendes les fautes d’orthographe des rédacteurs est tout simplement aberrante. Toutefois, le tapage médiatique fait autour de cette affaire relatée jusque dans le journal «Le Monde» a l’avantage de mettre en lumière l’utilité du travail de correcteur, alors que ce poste tend de plus en plus à être sacrifié sur l’autel des restrictions budgétaires. Pour ma part, je reste méfiant face aux correcteurs électroniques, même s’ils permettent d’élaguer les fautes de frappe les plus élémentaires. 
Soumettez au correcteur électronique la phrase suivante: Mets île doigt ce fer ah sont travaille, il n’y verra que du feu! La langue française est très riche, subtile. Elle est truffée d’homophones comme ver, vers, vert, verre ou vair. Ce dernier terme convient à la pantoufle de vair de Cendrillon, le vair étant une peau de petit-gris, variété d’écureuil. Une mauvaise transcription de ce conte de Perrault avait fait penser que sa chaussure était en verre. Cette aberration s’est ancrée dans les mémoires. Beaucoup d’enfants – dont j’étais – ne comprenaient pas que l’enfilade ne pût blesser au sang la pauvre héroïne.
De nos jours, on reste pantois face à certaines lacunes chez les jeunes. Sur un site Internet spécialisé dans les problèmes de cœur des adolescents (www.ciao.ch), une jeune fille a écrit qu’elle avait peur d’être en sainte. On ferait mieux de s’attaquer à l’illettrisme rampant qui menace une frange toujours plus importante de notre société, plutôt que d’imposer des réformes de français quelque peu aléatoires, pour ne pas dire ridicules, telle la fameuse langue épicène… Je n’ai rien contre la féminisation des mots masculins, bien sûr; mais qu’on nous épargne les dissonances d’autrice et autre
consulesse.               
                            Propos recueillis par Catherine Favre, le 15 mars 2002
.
 
 

La soupe sur le feu 
L’émission de radio « La Soupe est pleine » émettait en direct de l’arteplage dimanche 16 juin à Neuchâtel. L’invité était Adolf Ogi. Il était hardi pour Yvan Frésard de poser des questions préparées en coulisses à ce pince-sans-rire qui me fait un peu penser à Emil. Yvan Frésard, qui s’était brouillé avec Lova Golovtchiner en lui reprochant son manque de spontanéité, a été mis plusieurs fois dans l’embarras, l’œil fixé sur ses fiches. Le public, entassé dans la salle de l’Aparté, a franchement rigolé grâce à Adolf Ogi. Tiens, avec Emil, cela fait deux Suisses allemands qui ont su abolir la frontière de rösti. Les marchands de soupe et les videurs de corbeille en ont érigé une entre eux. Ils ont vidé leur fiel dans la presse romande sans aucun humour. Un peu de modestie leur aurait permis de manier l’autodérision. Encore faut-il savoir ce qu’est l’autodérision. Quand on se moque de moi parce que je roule Mitsubishi et qu’on prononce Mitsubichenit, je ris de bon cœur, mais c’est de l’auto-dérision, pas de l’autodérision… Pour en revenir à nos humoristes romands radio et TV, j’aimerais ajouter que, la veille, samedi 15, j’ai pour une fois apprécié le « Fond de la corbeille ». L’hôte de la soirée était Darius Rochebin. Il a sauvé l’émission par son charisme. C’est ce qui arrive quand l’invité est meilleur que les journalistes... 


 

La mauvaise presse 
Shawne Fielding était sur l’arteplage de Bienne un jeudi 13. Si ce chiffre ne porte pas bonheur à certains, la présence de cette ambassadrice d’Expo.02 a fait celui des curieux. Son mari, retenu pour des raisons familiales, était absent. Elle se trouve bien seule à fustiger la presse de boulevard, celle qui a failli détruire son couple. Il est loin le temps où on l’apercevait, rayonnante, au Marché-Concours de Saignelégier en présence du ministre jurassien Jean-François Roth. Il est loin le temps où, radieuse, elle posait devant une pierre mutilée par les Béliers. La pierre d’Unspunnen avait le poids d’un scoop. L’autre jour, au pavillon Happy End*, la belle Texane a eu beau faire un numéro de rodéo sur un cheval mécanique, le public n’y est pas allé avec le dos de l’écuyère – pardon, de la cuillère – en matière de commentaires larvés. Les mauvais journalistes sont passés par là. Ils ont cassé la moitié de Thomas Borer. Au complet, les époux étaient de bons vivants et ont été rappelés à l’ordre par le gouvernement qui a voulu donner une image propre en ordre de notre pays. L’honneur est sauf ! Il faut dire qu’en Helvétie on trompe sa femme avec diplomatie… 

 

* Si cette expression anglaise signifie « fin heureuse », le mot de la fin prononcé par la femme bafouée a été : « En Suisse, il y a beaucoup de culs pincés! » Was ist deiss?
Allusion à une phrase de Joseph Deiss.

 

 

Le répondeur
Les répondeurs téléphoniques servent à rassurer les appelants qu’ils sont au bon numéro. Afin de rendre mon appareil plus original, j’avais composé ce message en vers :
            La famille Choffat est en vadrouille
            Si vous êtes un tantinet débrouille
            Vous glisserez en guise de babil
            Un message que l’on souhaite gentil
            Un petit mot qui vous honore
            Juste après le signal sonore.

Comme j’aime innover, j’ai voulu faire un gag. Il s’agit de faire croire que la liaison est mauvaise: « Allô, allô, qui c’est ?, j’vous entends mal ! » Et d’ajouter avec une voix de synthèse : « J’vous passe mon répondeur… » J’ai reçu une tapée d’appels d’amis qui se sont marrés et en ont fait profiter leur entourage. Tous étaient tombés dans le panneau en s’étant annoncés plusieurs fois dans le vide: « C’est moi, c’est moi ! » Le hic, c’est que des gens coincés ont cru que j’avais refusé de leur parler ! L’humour est décidément pénible à manier en ce début de troisième millénaire…
 

 

 

Les rimes pauvres 
Afffaire Scherrer

La versification m’a toujours passionné. Surtout les acrostiches, ces fameuses phrases dont la première lettre de chaque vers, lue dans le sens vertical, dévoile le mot pris pour sujet. Combien de fois ai-je pesté parce que j’avais le début mais n’arrivais pas à trouver la bonne rime ! En recomptant les pieds, il m’en manquait parfois un ou deux et cela gâchait mon alexandrin. Une rime pauvre au lieu d’une riche, comme con avec poltron m’exaspérait. Je me suis mis à la chanson. Dans cette discipline, on prononce toujours le «e» muet final. Exemple: «Auprès de ma blondeee», au lieu de ma blond’ en récitation, ou «Elle était si jolieee». En chanson, on gagne des pieds en prononçant les «e» muets finals mais on perd souvent la richesse de la rime. Quand j’étais gamin, je riais en chantant que j’avais la peau lisse au cul en pensant au mot police. Un jeu de mots qui ne me fait plus rire depuis qu’un mauvais chantre a essayé de faire rimer «Teil» en allemand avec « Détail» en français…

 


 

Cérémonie d’oreiller 
Rochaix L’Endormeur 

 

Reliés par fibre optique, les quatre arteplages s’illuminent en même temps. A travers des rayons laser, on aperçoit Jean-Michel Jarre et ses claviers. Tout le spectacle est réglé depuis Neuchâtel tandis que des chœurs l’accompagnent à Yverdon. Les costumes sont magnifiques. A Morat, des images de synthèse sont projetées sur le Monolithe, un orchestre symphonique joue en parfaite synchronisation. Puis le rythme devient plus techno et des acteurs miment cette décadence sur fond no future. Soudain, l’arteplage de Bienne, dans une explosion de mille paillettes ondulant en musique, se transforme en île cubaine. Des images virtuelles des années 50 sont projetées sur les tours. Le temps s’est arrêté ! Un vieux guitariste de 95 ans, Maximo, alias Compay Segundo, apparaît. Des figurants incarnent l’homme de la rue et des rouleurs de havanes. Sur des airs latino, toute la foule tape des mains. Jamais un spectacle d’ouverture n’avait fait vibrer autant de monde. Les cygnes, le lac, très calme, même la lune ont ajouté à ce son et lumières une douce féerie. Tout s’est arrêté quand un FA/18 a traversé ma chambre. C’était ma femme qui venait me réveiller… 


 

Les senteurs naturelles
L’équipe de l’émission «A Bon Entendeur» a testé les déodorants mis sur le marché. Pas facile vu le vaste choix proposé au consommateur. Pour défendre ce dernier, ABE a fait une étude sur la qualité/prix, la durabilité et la tolérance de ces produits.
Nos capacités olfactives sont paraît-il en voie de disparition. Le roi Henry IV n'avait-il pas fait parvenir un parchemin à sa maîtresse, la belle Gabrielle d'Estré restée au château: «Surtout ne vous lavez pas, je rentre dans quinze jours!»
On se plaint qu’on a perdu le goût à cause de la malbouffe, aurions-nous perdu l’odorat à cause des fragrances qui ne nous lâchent pas? Au lit, lors de l’étreinte, nos belles d’aujourd’hui sentent bon de la tête aux pieds. Serait-ce dès lors malvenu de humer juste un petit coin de leur anatomie pour profiter du parfum particulier, une senteur propre mais naturelle qu’il exhale?
S’agissant du goût, un petit coin m’a été interdit par mon médecin: le frigo. Une tomme bien faite – qui honorait à la fois l’odorat et le goût – m’a mené tout droit à l’hôpital.
Si Sa Majesté n’a pas perdu son vit, moi j’ai perdu ma vésicule biliaire! 

 

 

Les métiers manuels
L’été culturel 2001 nous avait gratifiés de fêtes médiévales organisées sur le site de La Bonneville (NE) et dans le bourg de Saint-Ursanne (JU). Cette année, c’est Moudon qui a eu l’idée d’ouvrir les armoires du temps pour sortir houppelandes, hallebardes, fuseaux, godillots, crinolines, guêtres, cromornes et vielles à roue. Dans ces reconstitutions plus fausses vraies que nature où le kitsch est poussé à son paroxysme, le savoir-faire de nos ancêtres est mis en valeur. Des maréchaux-ferrants, des bûcherons et des frappeurs de monnaie. De vrais manuels ces gens-là ! Mais je parie deux écus décrépits que les parents, même devant les yeux extasiés de leurs enfants, ne souhaitent pas voir leur progéniture se diriger vers une profession manuelle. Et alors?, mécanicien sur automobiles pour faire avancer votre charrette, vendeur de pneus pour ferrer vos 110 chevaux, maçon pour construire votre cahute… Il est vrai que toutes les autres professions singées lors des Journées médiévales ont disparu.
Les parents en sont quittes pour la peur: leurs chérubins ne seront pas taupiers, ils auront tous une souris dans la main… 
 

 

Tu peux me tutoyer 
Le tutoiement a parfois ceci de particulier qu’il est proposé beaucoup trop tard. J’ai connu un monsieur haut placé, architecte de son état, qui, au volant de sa Mercedes, les mains gantées même en été, faisait la visite des chantiers. Jamais il ne saluait les ouvriers. Arrivé à un âge canonique, ce nanti s’est retrouvé veuf. Seul à une table de restaurant, il engageait la conversation à tout-va et au bout d’une demi-heure proposait le tutoiement. Comme cet arrière-cousin rencontré l’autre jour au Café des Amis. Dans sa période active, il y a de cela 30 ans, il ne se serait même pas aventuré dans un tel établissement, jugé trop populaire, et surtout n’aurait pas fait santé avec un bougre comme moi. Il a suffi de cinq minutes pour qu’il me propose le tutoiement. « Après tout, on est cousins, pas vrai ? » Ouais, il a raison. Cependant, il aurait pu me le dire plus tôt, lorsque, membre d’un Conseil exécutif, il devait trancher sur une pétition que j’avais lancée. 


 

Tranches de vie
La controverse qui a précédé Expo.02 a été virulente. Combien de gens ont maugréé contre la manifestation nationale en jurant de ne pas y mettre les pieds? Pourtant, les visiteurs des arteplages ont été ravis et l’ont fait savoir. On sait qu’avec le bouche-à-oreille, on touche à l’oseille… Comme c’est difficile de tout assimiler en un seul jour, ils ont poussé le tourniquet une seconde fois, faussant ainsi le comptage. Mais foin de toutes ces balivernes ! On dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Pourquoi dès lors avoir honte d’aller à Expo.02 après l’avoir dénigrée? S’obstiner serait une erreur. Une grande partie de la population suisse, que l’on dit vieillissante, ne pourra pas se rattraper sur la prochaine Expo nationale. Les quinquas comme moi n’y seront plus. Seule ma petite-fille Marjorie que j’ai emmenée sur la grande roue se rappellera qu’elle y était avec son grand-père. Et sa petite main, accrochée à la mienne dans le Palais de l’équilibre, a laissé son empreinte. Juste pour une petite tranche de vie partagée, ne valait-il pas la peine d’ouvrir un peu mon esprit ? 


 

Apocopes et alcopops
Les apocopes servent à nous faire gagner du temps dans nos conversations. Comme on est toujours pressés, on doit être brefs. Alors, on tranche dans le lard de mots parfaitement français en supprimant leurs dernières lettres ou syllabes. Par exemple, on dit une auto pour une automobile et une expo sympa pour une exposition sympathique.
Mais ça va plus loin encore. Pour alléger leurs factures de téléphones portables, les jeunes ont inventé un nouveau langage qui raccourcit leurs SMS, ces fameux messages codés envahissant leurs natels. Ils se donnent du courage en buvant des alcopops… pour s’écrire «t’m», ce qui veut dire « je t’aime ». Si les apocopes sont reconnues et acceptées depuis fort longtemps par les dictionnaires – les mots télé et radio y figurent –, pour écrire en SMS, il faut d’abord s’atteler à étudier un nouvel alphabet con… trouve sur Internet. Béatrice, ma collègue correctrice, consulte encore et toujours son Littré qui, lui, ne reconnaît que l’automobile, la télévision et la radiodiffusion.
Entre les puristes et les autres, on ne sait plus comment manier l’info. Est-ce de la provoc ou de l’intox? 
 

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